Smog by night

China Art Management en collaboration avec Jiali Galerie a présenté « Smog by Night», une exposition de David Ancelin du 14 septembre au 19 octobre 2013.

Né en 1978, David Ancelin est un artiste plasticien français. Diplômé de la Villa Arson en 2005, il vit à Paris et enseigne la sérigraphie à l’Ecole des Beaux Arts de Toulouse.

En 2007, sur l’invitation d’Anthony Huberman, il présente l'installation Avis de grand frais au sein de l'exposition M, nouvelles du monde renversé au Palais de Tokyo. En 2008 il présente la sculpture Flipper dans une exposition personnelle à la Monnaie de Paris.

Son projet Deep Blue, installation protéiforme et multiple est présentée au Palais de Tokyo en novembre 2013 dans le cadre du prix Push your Art organisé par le Palais de Tokyo et Orange.
Son travail figure au sein de la collection du Mamco à Genève et dans plusieurs collections privées.

Après un premier séjour en Chine en 2009, David Ancelin est revenu pour continuer son travail sur la fabrique de l’image lors d’une résidence d’un mois et demi à la Galerie Jiali. A l'occasion de son exposition personnelle "Smog by night" il a présenté notamment deux séries, fils conducteur de l'exposition: Smog et By night composées de sérigraphies sur plaque d’inox et de peintures sur papier. Trois sculptures de la série Deep Blue également réalisés sur place ont été exposées venant structurer un accrochage aux interprétations multiples.

L’ensemble de l’exposition était construit autour du rapport à l’image et de son degré d’imposture, l’image manipulée, brouillée, feinte, imitée, reproduite, reconstruite…

Texte de Julien Blanpied

Avec « Smog By Night », la Jiali Gallery présente pour la première fois en Chine le travail du jeune artiste français David Ancelin. D’une Baie des Anges à l’autre, l’artiste diplômé de la Villa Arson (Nice) en 2005 poursuit son travail sur la fabrique de l’image à travers deux séries complémentaires : Smog et By Night. Le terme smog est la condensation de deux termes – smoke (fumée) et fog (brouillard). Il désigne la pollution résultant de la condensation de brouillard et de fumée qui accable plus ou moins longtemps les grandes villes industrielles. Ce brouillard est la concrétisation d’un taux de pollution particulièrement élevé. Le smog fabrique des paysages en camaïeu déclinant d’infinies nuances de gris. Il révèle une inquiétante et sinistre atmosphère, au sens propre du terme. Dans les grandes sérigraphies sur plaque d'acier inoxydable, David Ancelin passe manuellement un polish sur leur surface afin de donner aux formats bruts sortis d'usine cet effet de matière du smog. Le cadre composé, il incorpore un motif prélevé d’une de ses nombreuses photographies de travail, qui vient rejouer et redéfinir tout l’espace du « tableau ». C’est l’unique mobile de l’histoire, celui qui résiste au brouillage de l’image.

Les motifs peuvent être un avion découpant le ciel en diagonale de sa longue fumée blanche, une naïade tirant sur sa clope, moitié nue mais de dos, un canot traversant de droite à gauche l’écran d’inox et redessinant l’horizon (Across the universe), un Ghost Ship et son reflet renversant. Toutes les motivations de la représentation de l’œuvre de David Ancelin fonctionnent sur l'idée de flottaison, jusqu’aux châssis intérieurs qui donnent à la surface plane cet aspect détaché du mur. L’artiste veille toujours à ce que le regardeur, transformé en voyeur, devenu complice par son propre reflet dans la plaque d’acier, scrute toute la scène du forfait. Chaque motif extrait de ces photos de paradis-convenus vient proposer son expansion du domaine du smog.
Dans la seconde série que présente David Ancelin, By Night reflète le travail de mémoire et de reconstruction de l’image. Entre retour de fêtes, nuits d’ivresse et ivresses de la nuit, l’artiste constitue son répertoire. Un néon crépite, un lampadaire éclaire le quai d’une austère gare ou d’un hangar, et l’errance de la pensée chez le promeneur solitaire s’engouffre.

Les petites peintures sur papier sont travaillées à partir de photographies de nuit, souvent mal cadrés et régulièrement floues. C'est par l'exercice du dessin et de la peinture que David Ancelin dilue les pixels dans le pigment, tout en feignant la photographie. Les peintures hyperréalistes reprennent des cadrages et des éclairages hérités du cinéma. Les scènes représentées peuvent être constituées de paysages faiblement éclairés ou d’une lueur laissant imaginer des contours à peine perceptibles de l'architecture environnante. Les formats sont proches de ce que l'on pourrait appeler la photographie amateur (10/15). Ils sont les souvenirs visuels enregistrés par la machine et retouchés par l’homme, falsifiés en quelque sorte. David Ancelin tente un sauvetage. Un dernier coin de rue désolé, où l’homme brille toujours et seulement par son absence.

Julien Blanpied
Juin 2013